Une reliure où la couverture libère le livre
La reliure suisse, ou Swiss binding, se distingue par une construction particulière : le corps d’ouvrage et la couverture sont fabriqués séparément, et le dos du livre n’est pas collé au dos de la couverture.
Le bloc est fixé à la partie arrière de la couverture, laissant son dos libre de se déplacer lorsque le livre s’ouvre.
Cette dissociation apporte à la reliure suisse sa silhouette caractéristique, mais surtout une grande souplesse d’ouverture. Elle offre également un terrain particulièrement intéressant pour le design du livre : le dos peut être laissé apparent pour révéler les cahiers et la couture, ou au contraire être recouvert de papier ou de toile.
À l’atelier Forme contre forme à Bordeaux, j’utilise cette structure pour concevoir des livres, des carnets et éditions sur mesure où la reliure participe pleinement au design de l’objet, par le choix des papiers, des matières, des fils et des finitions.
Qu’est-ce qu’une reliure suisse ?
Dans une reliure traditionnelle, le dos du corps d’ouvrage et celui de la couverture sont généralement solidarisés.
Dans une reliure suisse, les deux restent indépendants. Lorsque le livre s’ouvre, la couverture peut donc s’écarter tandis que le dos du bloc conserve sa propre mobilité.
Le corps d’ouvrage est principalement rattaché à la couverture du côté du plat arrière. Cette construction asymétrique constitue l’une des caractéristiques essentielles de la reliure suisse.
Une reliure pensée pour son système d’ouverture
En libérant le dos du corps d’ouvrage de celui de la couverture, la reliure suisse réduit les contraintes qui s’exercent habituellement lors de l’ouverture.
Les pages peuvent ainsi se déployer plus librement, ce qui rend cette structure particulièrement intéressante lorsque le contenu doit pouvoir être consulté confortablement à plat ou lorsque des images, photographies et compositions graphiques occupent une double page.
Une reliure suisse n’assure cependant pas à elle seule une ouverture parfaitement à plat. Le papier, son sens, son épaisseur, la construction des cahiers, la couture et la consolidation du dos participent également au comportement du livre.
Un dos apparent… ou recouvert
La reliure suisse est souvent associée aujourd’hui à l’image d’un dos cousu entièrement apparent.
Pourtant, ce n’est pas le dos visible qui définit la structure.
Les plis des cahiers et les fils peuvent être laissés apparents, mais le dos du bloc peut également être recouvert d’une bande de papier ou de toile de reliure (Fälzel). Cette dernière protège et consolide le dos tout en restant indépendante du dos de la couverture.
Quand la couture devient graphique
Lorsque le dos reste apparent, un élément habituellement caché en reliure traditionnelle, devient visible : la couture participe directement au dessin du livre.
Couleur du fil, nombre de points, rythme des stations (espacement des points de perforation au niveau des cahiers), contraste avec le papier et succession des cahiers peuvent alors être pensés en relation avec la couverture et la mise en page.
Le dos n’est plus simplement une conséquence de la fabrication car il devient une véritable terrain de la composition esthétique du livre.
Une couverture souple ou rigide
La reliure suisse peut être réalisée avec une couverture souple pour obtenir un ouvrage léger et contemporain, ou intégrée à une couverture rigide lorsque le projet demande davantage de présence et de protection.
Papiers de création, toiles de reliure, cartonnage, marquage à chaud, gaufrage ou autres finitions peuvent alors intervenir dans la conception de la couverture.
Une structure qui laisse une place à la réinterprétation
J’aime explorer les possibilités offertes par les structures de reliure traditionnelles pour leur donner une écriture plus contemporaine et singulière. La reliure suisse offre à ce titre un terrain d’expérimentation particulièrement intéressant.
La dissociation entre le corps d’ouvrage et sa couverture fait apparaître de nouvelles surfaces et de nouveaux détails qui peuvent participer à la conception du livre : couture, couleur du fil, plis des cahiers, traitement du dos, papier, toile ou contraste entre les matières.
Un fil peut ainsi devenir un élément graphique, une bande de toile créer une transition colorée entre le bloc et la couverture, ou le dos apparent révéler volontairement la construction du livre.
Chaque projet devient l’occasion d’interpréter cette structure en fonction de son contenu, de son usage et de son univers graphique, tout en respectant les principes qui caractérisent la reliure suisse.
